Rompre le contact

- Est-ce que je vais y arriver ?

inspira un grand coup, avant de pénétrer dans la classe à la suite de son nouveau professeur. Elle n’était au Japon que depuis quelques jours, mais ses parents avaient insisté pour qu’elle aille à l’école. Il n’y avait vraiment aucune raison qu’elle manque beaucoup, et le plus tôt elle sera habituée à cet établissement, le plus tôt elle sera capable de combler son retard.

- Votre attention s’il vous plait ! dit le professeur à la classe.

Il n’avait pas vraiment besoin d’attirer l’attention des élèves cependant, car une vingtaine de paires d’yeux s’étaient tournés vers la nouvelle arrivée dès le moment où elle avait franchi la porte.

- Aujourd’hui, continua le professeur, nous accueillons une nouvelle camarade. Traitez la bien.

Il laissa alors sa place à . Les joues en feu, la jeune fille s’inclina, et se présenta :

- Bonjour, je suis . Je viens d’Amérique, et je vais vivre ici pendant quelques années. Yoroshiku onegaishimasu.

Le professeur lui indiqua ensuite où elle allait s’asseoir pour le reste de l’année, et s’adressa à un garçon aux cheveux argent :

- Ne, Ootori-san, peux-tu aider -san avec les formalités ? Comme lui faire visiter l’école, lui montrer les différents clubs etc…

- H-Hai, sensei ! répondit le jeune homme.

se permit de jeter un regard au garçon. Il semblait gentil, et il était vraiment mignon à vouloir l’aider à ranger ses affaires.

- Merci, murmura alors qu’elle s’asseyait.

- Ah, ce n’est rien, répondit le garçon, un rien rougissant.

Il remarqua alors la note interrogatrice dans le regard de la jeune fille, et ses joues rougirent de plus belle. Il ajouta alors rapidement :

- Je m’appelle Ootori Choutarou. Yoroshiku onegaishimasu.

- Yoroshiku, dit avec un sourire.

**********

- Alors, cette nouvelle élève ? On dit qu’elle est plutôt charmante…

- Oshitari-senpai !

- Quoi ? Je peux me renseigner, non ? A moins que…

Le garçon aux lunettes s’approcha du deuxième année, un sourire rusé sur les lèvres.

- A moins que… quoi ? murmura Ootori, mal à l’aise.

- A moins que tu ne sois déjà intéressé par elle… répondit Oshitari.

- Oi Oshitari, laisse le tranquille, et va plutôt rejoindre l’acrobate qui te sert de partenaire.

Avec un petit ricanement, Oshitari tapota l’épaule de Choutarou, et partit en direction des cours.

- Merci, Shishido-san…

Celui-ci haussa les épaules sans rien dire. Les histoires de filles, ce n’était pas vraiment le genre de préoccupation qui intéressait le garçon à la casquette.

- Donc… Tu veux vraiment rejoindre le club de musique ?

Le cœur d’Ootori battait très vite, et il essayait de réprimer le sourire qui voulait s’imposer sur son visage. Il n’avait pas eu l’occasion de beaucoup parler à depuis son arrivée, un groupe de filles de leur classe ayant décidé de s’occuper personnellement de la jeune américaine. Il avait été certes déçu de ne pas pouvoir apprendre à mieux la connaître, mais il avait entendu dire qu’elle s’intéressait au club de musique. Et il n’allait certainement pas manquer une chance de lui faire savoir qu’il y était inscrit également.

- Pourquoi tu me demandes ça ?

ne le regarda même pas. Sa voix était dure, et presque suspicieuse. Ootori ne trouva rien à répondre sur le moment, mais réussit à bredouiller :

- Eh… Euh, bien… J’en fais parti moi aussi… Alors je voulais savoir si…

Et bien tu le sauras en temps voulu, répondit sèchement la jeune fille.

Elle se leva rapidement, et s’éloigna du garçon.

Pourquoi ? Pourquoi j’ai réagi de cette façon ? se répétait .

Elle se sentait terriblement stupide à présent. Ootori n’avait fait que poser une question. Il aurait suffi qu’elle réponde « oui » ou « non », et tout se serait bien passé ! Mais il avait fallu qu’elle s’énerve. Et pour quelque chose qu’Ootori ignorait. Personne ne le savait, alors pourquoi pensait-elle à chaque fois qu’on se moquait d’elle ?

Avec un gémissement de rage, elle se jeta sur son lit, et essaya de reprendre son souffle, tandis qu’un voile noir tombait devant ses yeux.

Choutarou n’avait pas compris la réaction de la jeune américaine. Il avait simplement voulu être gentil, et lui montrer qu’il s’intéressait à elle. Mais même en réfléchissant, il ne trouvait pas où ça avait mal tourné. Il pensait avoir été poli… Est-ce qu’en Amérique, ce genre de choses ne se demandait pas ? Ou bien n’était-ce que le caractère de la jeune fille ?

Il avait beau essayer de penser que n’était peut-être pas celle qu’il espérait, il ne pouvait oublier ses yeux, sa voix, ses lèvres… Il ne pouvait empêcher son cœur de bondir hors de sa poitrine, son ventre de papillonner quand il pensait à elle.

- Ootori-san ? Je peux te dire un mot s’il te plait ?

- Ah ? Euh, oui, oui, bien sûr.

Le jeune garçon suivit hors de la classe. Il se demandait ce qu’elle avait de si important à lui dire

- Anou… commença-t-elle.

Elle se racla la gorge, avant de débiter :

- Jevoulaismexcuserpourlautrejourjenevoulaispasêtredésagréableavectoi.

Ootori cligna plusieurs fois des yeux, surpris par un tel débit de paroles. Mais avant qu’il ne puisse répondre, était déjà retournée en classe.

Après cela, la jeune américaine sembla perdre de son agressivité envers Ootori, et grâce au club de musique, ils commençaient à se rapprocher. Ils pouvaient parler de longues heures à propos d’art, sans jamais se lasser. Le jeune garçon lui avait expliqué de nombreuses choses à propos des coutumes japonaises, et , bien que parfois désorientée par certaines d’entre elles, semblait se familiariser avec la vie au Japon.

Tout le monde avait remarqué l’attirance réciproque entre les deux jeunes gens. Ootori était sans cesse titillé par ses partenaires, qui le provoquaient gentiment en lui demandant quand il se déciderait enfin à faire le premier pas. A chaque fois, le deuxième année ne devait son salut qu’à l’intervention de Shishido. Mais un jour, ce dernier lui lança :

- Bon, Choutarou, quand vas-tu nous la présenter, cette  ?

Les joues en feu, Ootori bredouilla quelque chose d’incompréhensible. Si même son partenaire de double s’y mettait, c’était que son comportement devenait beaucoup trop voyant.

Le lendemain, il avait pris sa décision. Au moment du déjeuner, il invita à manger avec lui dans le parc.

- Ne, -san…

- Appelle-moi , s’il te plait. Je n’arrive pas à me faire à cette façon de me parler…

- B-bien sûr… Donc, … Est-ce que tu voudrais m’apprendre à jouer du piano ?

- Jouer du piano ? s’exclama la jeune fille. Mais… Tu ne joues pas déjà du violon ?

- Si, si ! Mais j’aimerais apprendre à jouer de plusieurs instruments, et… Q-quand je t’ai entendue jouer l’autre jour au club… T-tu m’as donné envie.

- se mit à rire gentiment, tout en finissant son sandwich.

- Très bien, dit-elle enfin. Je veux bien t’apprendre quelques petits trucs.

- Sugoi ! Hem… Je veux dire, merci beaucoup !

La jeune fille ne put s’empêcher de rougir face au sourire de Choutarou.

- En contrepartie, je t’apprendrai à jouer au tennis ! ajouta-t-il, toujours souriant.

Les yeux de se figèrent, et son sourire s’évanouit. Calmement, elle rangea ses affaires, et se leva.

- Je n’en ai rien à faire de ton tennis, lança-t-elle entre ses dents avant de s’éloigner.

Et voilà… Elle avait recommencé. Elle avait de nouveau envoyé balader le seul garçon qui ne l’ait jamais intéressée, et qui semblait vraiment s’intéresser à elle. Mais elle ne pouvait se résoudre à se laisser aller à ses sentiments. Non. Elle s’était jurée de ne plus être un fardeau, pour qui que ce soit. Elle devait juste… l’oublier.

Mais aimait vraiment beaucoup Choutarou. Elle était tellement perdue lorsqu’elle avait rejoint Hyoutei, après avoir laissé tous ses amis en Amérique. Les élèves étaient gentils avec elle ici. Mais elle était toujours « l’étrangère », « la fille qui vient d’Amérique ». Et elle était vraiment trop timide pour se faire vraiment des amis, à l’exception de Choutarou. La première fois qu’elle le vit, sa gorge était devenue sèche, et ses mains s’étaient mises à trembler. C’était un sentiment étrange, qu’elle avait oublié depuis longtemps. Elle aimait la façon dont il la regardait, le ton de sa voix lorsqu’il lui parlait. Elle aimait même quand ses joues rougissaient lorsqu’il lui souriait. Quelque chose s’était passé entre eux. Mais… Elle devait l’oublier.

- Oi, Choutarou, qu’est-ce qui se passe avec cette fille ?

- Q-quelle fille ?

Shishido soupira. Depuis quelques jours, son partenaire avait été quelque peu étrange. Il avait décidé de s’éloigner un peu du club de musique, pour se concentrer essentiellement sur le tennis. Et bien que Shishido dut admettre qu’il avait drôlement progressé, quelque chose n’allait pas.

- Tu devrais arrêter de te poser des questions, lui lança-t-il alors. Et chercher plutôt les réponses.

Un éclair de compréhension s’alluma dans les yeux du deuxième année quelques secondes plus tard.

- Hai, Shishido-san !

Pourquoi n’y avait-il pas pensé plus tôt ? Au lieu de se morfondre et tenter de passer sa frustration en se perdant dans son jeu, il aurait dû essayer de comprendre. Mais il allait réparer ça immédiatement. Il allait forcer à lui expliquer, et il allait lui-même lui dire…

Il s’arrêta net. Quelqu’un lui avait dit que la jeune fille se trouvait dans le parc de l’école, et il avait presque couru pour la rejoindre. Mais ses pieds refusaient désormais de bouger, et ses yeux ne pouvaient quitter le spectacle qui s’étalait à quelques mètres de lui.

Elle était là. Aussi jolie que dans ses souvenirs. Mais elle n’était pas seule. Pourquoi Oshitari lui tenait la main ? Pourquoi ses lèvres se rapprochaient dangereusement de celles de  ? Pourquoi…

Les yeux de se tournèrent alors vers lui, comme si elle avait senti sa présence. Sa bouche s’ouvrit pour parler, mais Ootori repartait déjà en courant d’où il venait.

- Stupide Oshitari-senpai ! Veux-tu bien me lâcher maintenant !!!

Avec une force dont elle ne se serait pas crue capable, elle repoussa violemment le garçon aux lunettes, et partit à la suite de Choutarou.

- Alors Shishido, dit Oshitari alors que était désormais hors de vue, ne t’avais-je pas dit que ça marcherait ?

- Che…

Mais quelle idiote ! Pourquoi avait-elle accepté de parler avec Oshitari ? Et pourquoi l’avait-elle laissé prendre sa main ? Mais surtout, pourquoi devant Choutarou ?

- Choutarou ! cria-t-elle. Attends, Choutarou !

Ootori était rapide, et habitué à courir. Alors qu’il s’éloignait de plus en plus d’elle, sentit ses jambes devenir lourdes, tandis qu’un poing invisible serrait son cœur. L’air lui manqua, et elle tomba à genoux. Désespérément, elle tenta de retrouver son souffle, mais un voile noir passa devant ses yeux, et puis… Plus rien.

-  ! Oi !!!  !

La jeune fille sentit qu’on lui mettait quelque chose dans la bouche. C’était une sensation étrange mais familière. Oui. Cette odeur, ce goût. C’était son médicament.

Elle sentit l’étrange sensation d’une bouffée d’air à travers ses poumons, et le bourdonnement de ses oreilles s’estompa peu à peu. Elle se sentait bizarrement à l’aise, confortable. Elle était enveloppée par une douche chaleur, et quelqu’un lui caressait la joue. Elle se souvint alors de ce qu’il s’était passé.

Elle ouvrit les yeux, pour voir le visage inquiet et blanc de Choutarou. Elle réalisa qu’elle était dans ses bras, au milieu du parc. Il faisait presque nuit, mais elle était au chaud, et elle ne voulait pas rompre le contact.

- Est-ce que ça va ? murmura Ootori.

- Je crois que oui… répondit .

Il la serra contre sa poitrine un peu plus fort, tandis qu’il parlait :

- Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?

- Je ne voulais pas t’embarrasser… Je ne voulais pas… être un fardeau pour quelqu’un de sportif comme toi.

- Qui se préoccupe de ça quand on aime ?

se blottit un peu plus contre Choutarou. Non, elle ne voulait pas rompre le contact.

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September 23, 2006
Written and Edited by: Serena